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Réintroduction : le retour à la liberté

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Tigres, lions, guépards, lynx, servals…et pas plus tard qu’en ce mois de juillet 2016, des panthères relâchées dans le Caucase russe. Partout dans le monde, des tentatives de réintroductions de félins ont eu lieu, sont en cours ou en projet. Le succès a parfois été au rendez-vous, d’autres cas furent des échecs cuisants. Pourquoi ? Qu’est ce qui rend possible la réintroduction de félins ?

La réintroduction et ses difficultés

Réintroduction…si vous vous intéressez un temps soit peu à la sauvegarde des espèces menacées, vous avez certainement déjà entendu ce mot. Réintroduire, ou ré-établir comme certains préfèrent dire, consistent à relâcher des individus d’une espèce animale dans un lieu où elle a auparavant existé mais a disparu, généralement par la faute de l’homme. Les programmes de réintroduction utilisent pour cela soit des animaux capturés à l’état sauvage, que l’on va juste déplacer d’un endroit à un autre (une relocalisation, ou translocation), soit des animaux nés en captivité que l’on a coupé du contact avec l’homme pour qu’ils retrouvent leur instinct sauvage (on parle là de processus de ré-ensauvagement).

Serval, Jurques - Tous droits réservés

Dans l’un ou l’autre cas, si un herbivore a surtout à apprendre la peur des prédateurs, la réintroduction de mammifères carnivores tels que les félins est en revanche nettement plus complexe. En effet, ceux-ci ne connaissent d’instinct ni les codes sociaux de leur espèce, ni l’art de la chasse. C’est pourquoi un félin imprégné (c'est-à-dire privé de sa mère et élevé à la main par l’homme) est quasiment impossible à réintroduire : il n’a pas appris les codes sociaux de son espèce, ne l’ayant pas côtoyée quand il était jeune ! Son comportement est dénaturé, il ne saura jamais « parler félin » correctement, et sera de toute manière, même s’il s’en sort, trop attiré par l’homme pour sa propre sécurité… Tous les endroits qui vous proposeront donc de caresser de jeunes félins dociles en disant qu’ils sont destinés à être réintroduits vous mentent. Méfiez-vous !

Lionceau d'Angola (6 mois), Mervent - Tous droits réservés

La seconde grande difficulté, c’est qu’un félin doit apprendre à chasser, il ne sait pas d’instinct. Nul besoin de lui enseigner comment guetter et bondir, il le fera dès tout petit dans ses jeux, maladroitement d’abord puis de façon de plus en plus habile. Ils comprennent par la méthode des essais et des erreurs quels animaux peuvent être poursuivis, quels autres non, et comment bien se cacher. Une fois la proie entre les griffes, en revanche, que faire ? Dans la nature, c’est la mère qui montre à ses jeunes où mordre pour tuer rapidement. Plus la mort est rapide, moins la proie se défend et donc plus le risque qu’elle blesse son prédateur diminue. En processus de ré-ensauvagement, l’apprentissage est beaucoup plus long qu’à l’état sauvage car la mère ne peut pas enseigner l’art de la chasse à ses petits, ne l’ayant elle-même pas appris. Essayer, se tromper, finalement réussir et retenir, c’est le seul moyen. Il nécessite de garder le félin souvent plus d’une année entière dans un enclos de ré-ensauvagement où on lui donnera des proies à tuer, mais où il pourra aussi être nourri si il échoue à tuer. Tous ne parviennent pas à apprendre à chasser, et même ceux qui réussissent en ré-ensauvagement, une fois relâchés, ne parviennent pas toujours à attraper des proies sauvages.

Jaguar noir, Parc zoologique de Paris - Tous droits réservés

 

Quelques exemples de réintroductions de félins

Maintenant que nous avons vu qu’est ce que la réintroduction, et quelles sont les principales difficultés inhérentes aux félins eux-mêmes (apprentissage des codes sociaux de l’espèce et de la chasse), il ne faut pas non plus oublier un autre facteur : l’homme. Partout où des programmes de réintroduction de félins ont eu lieu, ces prédateurs avaient disparu à cause des activités humaines. Avant tout relâcher, il faut s’assurer d’avoir des conditions favorables, c'est-à-dire suffisamment d’espaces naturels et de proies sauvages, mais aussi et surtout une population humaine qui accepte le retour de ces carnivores et ne va pas tenter de les éliminer à nouveau. Ce n’est pas toujours gagné. Nous le verrons avec quelques exemples. Il ne s’agit pas d’une liste exhaustives des essais de réintroductions de félins ayant eu lieu, mais des cas majeurs et les plus parlants.

L’Europe et ses lynx

Et si nous commencions cette liste d’exemples de réintroductions par un succès retentissant ? Celui de l’unique félin endémique à l’Europe : le lynx pardelle (Lynx pardinus). En 2004, au plus bas, la population comptait moins de 150 individus répartis en 3 populations dans le Sud de l’Espagne, une seule, celle du parc national de Donaña, étant viable sur le long terme. Pourtant, ils étaient encore 5000 en 1960… La faute à la myxomatose, maladie introduite par l’homme chez les lapins de garenne afin de les contrôler mais qui les a décimés, faisant mourir de faim les lynx, dont plus de 90% du régime alimentaire est constitué de lapins. Alors, dès 2002, l’Espagne démarre un programme d’élevage en captivité. Les premières naissances auront lieu en 2005. Une fois cette population captive suffisante, des relâchers ont lieu, en parallèle de celui…de lapins sains ! Prédateurs et proies ont prospéré. A l’été 2015, 140 félins avaient recouvré la liberté et on ne comptait plus 3 populations, mais 5 : 4 en Espagne (les 3 d’origine et une recréée), ainsi qu’une au Portugal, où l’espèce a été réintroduite en 2014. En 10 ans, nous sommes passés de 150 à 400 lynx pardelle parcourant libres la péninsule ibérique ! Grâce à la reproduction à l’état sauvage et aux relâchers qui continuent, les effectifs augmentent toujours et si bien qu’en 2015, le lynx pardelle a changé de statut UICN : de « en danger critique d’extinction » à « en danger » ! Bravo à l’Espagne !

By http://www.lynxexsitu.es - http://www.lynxexsitu.es/index.php?accion=fotos&id=16#lince, CC BY 3.0 es, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27381726

On ne peut pas dire la même chose de la France, dont la tentative de réintroduction du lynx boréal (Lynx lynx) dans les Vosges s’est soldée par un échec cuisant. Entre 1983 et 1993, 21 lynx capturés dans les Carpates en Slovaquie sont relocalisés dans les Vosges françaises. Victimes principalement du braconnage, la moitié meurent dès les premières années… Seuls 10 félins, 6 mâles et 4 femelles, survivront. Même les colliers émetteurs ne dissuadaient pas les chasseurs : les scientifiques les retrouvaient sectionnés et enterrés. Toutefois, les lynx s’accrochent : en 2004, une population de 30 à 40 individus, stable, était établie dans les Vosges. C’est alors que le braconnage reprend de plus belle. Et là c’est le drame : en 2013, UN SEUL lynx est encore recensé dans les Vosges ! Caractérisé par une oreille partiellement manquante, ce mâle se nommait Van Gogh. Il a rencontré sa fin tragique en mars 2014, sous les roues d’une voiture, marquant la seconde extinction du lynx boréal dans les Vosges françaises…

Lynx boréal, Jurques - Tous droits réservés

Nos voisins allemands et suisses ont eux eu davantage de succès, grâce à une meilleure répression du braconnage. Les programmes de réintroduction sont lancés dans les 2 pays dans les années 1970 : en Allemagne dans les forêts de Bavière, en Suisse dans le Jura et les Alpes. Ces populations sont aujourd’hui prospères et, depuis la Suisse, des lynx ont même regagné la France. Le principal noyau de présence du lynx en France se situe aujourd’hui dans le Jura, avec une centaine d’individus, tandis qu’ils sont une quarantaine dans les Alpes du Nord, tous descendants des félins réintroduits dans les montagnes suisses. Quant aux allemands, face à leur premier succès, ils veulent désormais réintroduire le lynx boréal en Rhénanie-Palatinat. Financé à 50% par l’Union Européenne, pour l’autre moitié par l’Allemagne, le projet a été lancé en janvier 2015. 3 lynx slovaques orphelins seront relâchés cet été 2016, suivis à une date indéterminée par 5 individus cédés par la Suisse. Au total, ce sont une vingtaine de lynx qui seront réintroduits en Forêt Noire sur 4 ans, avec espoir qu’au bout de quelques années cette population rejoigne celles de France et Suisse grâce à un corridor écologique en cours d’aménagement pour permettre aux lynx de passer des autoroutes sans danger.

Lynx boréal, Jurques - Tous droits réservés

Mais pourquoi cette volonté de réintroduction du lynx boréal en Europe de l’Ouest, d’où il avait quasiment disparu au XIXème siècle ? Outre le retour d’une espèce disparue, bon pont pour la biodiversité, la présence du plus grand félin d’Europe présente un avantage indéniable : un contrôle naturel des ongulés sauvages (cerfs, chevreuils…), ses proies de prédilection. Cela, les britanniques l’ont bien compris. Depuis l’extinction au Royaume-Uni du lynx puis du loup au Moyen-Age, les populations de cervidés ont connu une croissance exponentielle, n’ayant plus que l’homme pour seul prédateur. Ces herbivores sont désormais impossibles à gérer tellement ils sont nombreux ! Ils font par leur surpopulation d’énormes dégâts sur la végétation, qui ne supporte plus une telle pression. Pour le bien des forêts, et parce que l’homme ne peut plus gérer ses bêtises, l’association Lynx UK Trust se bat pour qu’une réintroduction du lynx boréal dans les îles britanniques aie lieu. Malgré une forte opposition des éleveurs, qui a fait abandonner un des sites possibles de réintroduction, l’opinion est plutôt favorable et le projet avance. Les premiers relâchers pourraient avoir lieu en 2017.

Lynx boréal, Jurques - Tous droits réservés

 

Lions d’Afrique et d’Asie

Le lion étant le félin le plus emblématique d’Afrique, il ne faut pas s’étonner qu’il aie fait l’objet de plusieurs programmes de repeuplement sur ce continent. On peut en citer plusieurs. Un des plus récents concerne le Rwanda, petit pays d’où les lions avaient disparu dans les années 1990 suite à la guerre civile. En 2015, une troupe de 7 félins, 2 mâles et 5 femelles, est capturée en Afrique du Sud pour être relâchée dans le Parc national de l’Akagera. C’est un succès, puisque la troupe s’est bien implantée et que dès 2016 une des lionnes a donné naissance à 2 petits. Un autre projet emblématique, car il a été bien médiatisé de par son suivi par des films documentaires : celui du Liuwa Plain National Park, en Zambie. En 2005, alors qu’il est envoyé par le National Geographic filmer des hyènes, le documentariste Herbert Brauer va en effet se lier d’amitié avec une dénommée Lady Liuwa : la dernière lionne du parc national, dont les rugissements ne reçoivent plus aucune réponse depuis des années, depuis que sa troupe a été décimée par le braconnage. Le documentaire The Last Lioness (La Dernière Lionne) crée une telle émotion qu’on décide de mettre fin à la solitude de Lady Liuwa. Un mâle est transféré depuis le parc national de Kafue, mais meurt malheureusement de maladie peu après. En mai 2009, on amène 2 nouveaux jeunes mâles de Kafue, qui s’entendront rapidement avec Lady Liuwa. Enfin, elle n’est plus seule. Toutefois, il s’avère bientôt que malgré les accouplements, elle ne peut pas avoir de lionceaux : trop âgée, ou stérile d’origine, on ne le saura jamais. Fin 2011, 2 jeunes lionnes sont relocalisées avec succès depuis Kafue. En juin et novembre 2012, la tragédie frappe encore : une lionne est prise dans un collet de braconniers, un des mâles est abattu alors qu’il avait franchi la limite du parc national. Les mesures de protection sont renforcées, non sans drame : un des rangers du parc est tué par des braconniers en 2014. Ce malheur aura au moins servi à alerter les populations locales, qui désormais soutiennent majoritairement le travail des rangers pour la sauvegarde du parc national de Liuwa et de ses lions. La même année, le miracle : la jeune lionne survivante est aperçue avec des lionceaux. Elle y gagnera son nom : Sepo, ce qui en langue locale signifie « espoir ».

By Jonchwalker - Jon Walker took this photo of Lady Liuwa in November 2012.Previously published: Published on LionVoice.org, April 22, 2013., CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=29214977

Plus atypique fut la mission du Global White Lion Protection Trust, fondé en 2002 par Linda Tucker en Afrique du Sud : réintroduire une troupe de lions blancs nés en captivité dans la nature, afin de prouver que ces mutants sont capables de survivre à l’état sauvage et qu’il faut cesser de capturer tous les lionceaux blancs qui naissent à l’état sauvage avec excuse de les « protéger » car leur couleur les condamnerait soi-disant à mort. Et en 2006 elle y parvient : après 1 an en enclos de ré-ensauvagement, la lionne blanche Marah, accompagnée de ses 3 lionceaux adolescents blancs eux aussi, sont relâchés dans le Timbavati, sur des terres protégés par l’association. C’est un véritable succès. En 2009, la jeune femelle Zhira, fille de Marah (décédée dans un accident de chasse en 2007) donne naissance à son tour à 3 lionceaux blancs, avec un mâle lui aussi réintroduit : les premiers lions blancs nés dans la nature de parents réintroduits. Les années ont passé, et les lions de l’association se sont désormais séparés en 3 groupes sur le territoire, mâles et femelles des mêmes portées suivant leur propre chemin différents comme tous les lions sauvages, comportement naturel afin d’éviter la consanguinité entre félins de la même famille : les 2 fils de Marah avec leurs compagnes fauves, les 2 fils de Zhira avec leurs compagnes fauves, et enfin Zhira et sa fille, le mâle étant décédé de vieillesse en 2015, après avoir vécu 7 ans en liberté, lui qui était né dans une ferme d’élevage ! La fermeture de ces fermes qui fournissent les chasseurs de trophées, l’autre combat du Global White Lion Protection Trust. Notons que tous les lions réintroduits par l’association ont subit en aval des tests génétiques de manière à s’assurer qu’ils n’étaient pas consanguins. Le programme est un véritable succès, et les études menées depuis sur des lions blancs nés à l’état sauvage dans le Parc Kruger confirment l’idée de départ : dans la savane, des lions blancs sont parfaitement capables de survivre. Alors laissons-les tranquilles !

Lionne blanche, Jurques - Tous droits réservés

Autre projet, plus controversé : un programme de réintroduction du lion de l’Atlas (Panthera leo leo) au Maroc, où il a disparu dans les années 1940. Cette sous-espèce est aujourd’hui éteinte à l’état sauvage. On la pensait perdu, mais il s’est avéré que les 25 lions gardés alors par le roi du Maroc dans sa Ménagerie Royal de Rabat étaient très probablement de vrais lions de l’Atlas, les derniers encore existants. La population se monte aujourd’hui à 90 individus, dans divers zoos d’Europe et du Maroc, dont 35 à Rabat. Leur pureté est remise en doute par certains, et des tests génétiques de comparaison du génome de ces lions avec les restes de lions assurés de l’Atlas conservés dans des musées seront nécessaires avant tout relâcher. Ces tests pourraient aussi confirmer les doutes concernant d’autres lions détenus en captivité, qui pourraient être des lions de l’Atlas ou des hybrides de la sous-espèce disparue dans la nature. Ces tests génétiques sont menés par l’Université d’Oxford. En phase finale, des lions pourraient être relâchés dans un parc national de 10 000 hectares actuellement à l’étude dans les montagnes de l’Atlas, au Maroc. Et si la population captive actuelle n’est pas suffisante, il existe une autre solution, évoquée depuis 2014 et d’autres recherches sur la génétique qui ont révélé la grande proximité entre les lions de l’Atlas et les lions d’Asie (Panthera leo persica). Pourrait-on, alors, réintroduire des lions d’Asie en Afrique du Nord ? Peut-être, mais avant toute chose, il faudra s’assurer que les félins disposeront d’assez d’espace, car un gros problème dans l’Atlas est sa forte population humaine.

Lion de l'Atlas, les Sables d'Olonne - Tous droits réservés

Et puis, avant d’emmener des lions d’Asie au Maroc, encore faudrait-il s’assurer de leur survie en Inde ! Ces lions sont revenus de loin : au début du XXème siècle, il en restait moins d’une vingtaine en Inde, tous dans la forêt de Gir. Les indiens, s’en rendant compte, ont décidé de les protéger, et tandis qu’ailleurs la sous-espèce s’éteignait, en Inde le lion d’Asie revenait. En 2015, ils sont désormais 523 à l’état sauvage, à Gir mais aussi en dehors, jusque dans la forêt littorale du Gujarat. Enorme problème malgré tout : ils vivent tous dans la même région, et souffrent d’un fort taux de consanguinité, associé à l’impossibilité de se disperser davantage. En cas d’épidémie, rendue plus fragile à ce genre de chose par la consanguinité, la population entière pourrait disparaître en un rien de temps. La seule solution : établir au moins une autre population. Dans les années 1990, un programme d’élevage européen (EEP) en captivité, a été initié, et les zoos d’Europe abritent désormais une centaine de lions d’Asie, précieuse population de réserve au cas où il arriverait malheur à ceux de Gir. Toutefois cela ne suffit pas. La Cour Suprême d’Inde a ordonné en 2013 à l’état du Gujarat, où se trouve Gir, de céder des lions à l’état du Madhya Pradesh dans le but d’une réintroduction dans la réserve de Palpur-Kuno pour établissement d’une seconde population sauvage. Les procédures sont toujours en cours. D’autres félins pourraient plus tard être réintroduits dans des parcs nationaux du Rajastan voisin.

Lionne d'Asie, la Boissière du Doré - Tous droits réservés

 

Le retour des tigres

Avec près de 2200 individus recensés début 2016, l’Inde compte à elle seule plus de la moitié de la population sauvage mondiale de tigres (3900). Grâce aux efforts de conservation du pays depuis la fin du XXème siècle, le tigre du Bengale (Panthera tigris tigris) a toujours survécu en effectifs viables. Il a toutefois disparu temporairement de certaines régions, et des programmes de réintroduction ont eu lieu. Le plus connu est celui de Sariska. En 2004, en raison du braconnage, les tigres avaient disparu. Dès 2005, des mesures sont prises pour sécuriser la réserve de Sariska et y ramener des tigres. 7 félins sont transférés entre 2008 et 2013 à Sariska depuis le parc national de Ranthambore, qui connaît une des plus fortes concentrations de tigres en Inde. Une tigresse réintroduite meurt empoisonnée en 2010, mais globalement le programme est un succès. Les tigres se sont bien implantés et se reproduisent : ils étaient déjà 13 fin 2014. Le repeuplement de la réserve de Panna a suivi, lui aussi un succès : plus aucun tigre en 2009, 35 en 2016 !  Au printemps 2016, il a été décidé de lancer un autre programme de repeuplement, cette fois-ci dans la réserve de Rajaji. Espérons qu’il suivra la même voie de réussite qu’à Sariska et Panna.

By Sanjay Ojha - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=49405505

L’Inde pourrait même maintenant confier des tigres au Cambodge, où l’espèce a été déclarée éteinte en 2015, pour que le grand félin rayé arpente de nouveau les forêts du pays ! Des pourparlers sont en cours depuis le printemps 2016. Un projet partagé par d’autres pays, mais cette fois avec le tigre de Sibérie (Panthera tigris altaica). La Russie est le deuxième pays abritant le plus de tigres sauvages : 562 au comptage 2015, et une population non-fragmentée, donc davantage viable sur le long terme grâce aux échanges incessants. L’isolement, au contraire, est propice à la consanguinité, et c’est la séparation des populations les unes des autres qui menace aujourd’hui les tigres d’Inde plus que le braconnage. Les russes ont su sauvegarder leurs tigres, et contrairement à dans beaucoup d’autres pays, même les orphelins ne sont pas condamnés à une vie en captivité. Depuis 2013, 5 d’entre eux ont été relâchés avec succès après avoir grandi dans un centre spécialement conçu pour eux. La pérennité des tigres de Sibérie en bonne voie, des programmes sont en cours pour réintroduire des individus dans d’autres régions de Russie ainsi qu’en Corée du Nord, mais pas seulement. L’Iran et le Turkménistan projettent également de relâcher des tigres de Sibérie dans des parcs nationaux chez eux, afin que des tigres foulent à nouveau ces terres après la disparition dans les années 1970 de la sous-espèce locale, le tigre de la Caspienne (Panthera tigris virgata), génétiquement très proche du tigre de Sibérie.

Tigre de Sibérie, Jurques - Tous droits réservés

 

Félins tachetés d’Asie : guépards et panthères

Le guépard est surtout connu pour vivre en Afrique, mais saviez-vous qu’il était autrefois répandu dans une bonne partie de l’Asie, jusqu’en Inde ? Il s’agit justement du seul félin que les indiens n’ont à ce jour pas réussi à sauver. Le guépard d’Asie a disparu du pays dans les années 1940. Depuis le début des années 2000, le gouvernement d’Inde souhaite que le sous-continent soit à nouveau peuplé de tous ses carnivores d’origine, et espère réintroduire des guépards. La réintroduction de guépards a déjà fonctionné au Swaziland et dans certaines régions de Namibie, aussi bien avec des animaux issus du milieu naturel et réhabilités (orphelins, blessures) qu’avec des félins nés en captivité suite à processus de ré-ensauvagement. Le milieu d’origine du guépard indien existant encore, un retour de l’espèce est possible. Le problème : où trouver des animaux à réintroduire ? Tous les guépards d’Asie (Acinonyx jubatus venaticus) survivants aujourd’hui vivent en Iran, et ils sont une centaine à peine. L’Inde a bien demandé que l’Iran lui cède des guépards asiatiques, mais l’Iran a refusé, arguant que la population était déjà faible et que c’était risqué. La seule option possible : échanger des guépards asiatiques contre de presque aussi rares lions d’Asie, qui eux n’existent plus que dans une forêt indienne, pour les réintroduire en Iran, mais cette fois-ci c’est l’Inde qui a dit non. Depuis 2009 est à l’étude une autre option : importer des guépards sud-africains (Acinonyx jubatus jubatus) capturés dans la nature en Namibie, où ils sont encore relativement nombreux, pour les relocaliser en Inde. Le projet a été approuvé par le gouvernement en 2010, et des sites étaient à l’étude pour de premiers relâchers prévus en 2013. En mai 2012 toutefois, un frein a été mis car des scientifiques et l’UICN ont estimé que guépards asiatique et africain étaient génétiquement trop différents, et qu’il ne fallait pas introduire la souche africaine en Inde, bien que le comportement soit le même et le risque que ces guépards réintroduits rencontrent un jour les derniers vrais asiatiques d’Iran et qu’ils s’hybrident très faible. Le projet reste à ce jour en suspend.

Guépard sud-africain, Doué la Fontaine - Tous droits réservés

Un autre pays qui en revanche a passé ce début de XXIème siècle à avancer sur ses projets de sauvegarde d’un grand félin tacheté, c’est la Russie, avec la volonté de sauvegarder ses panthères. 2 sous-espèces de panthères ont historiquement vécu en Russie : la panthère de l’Amour (Panthera pardus orientalis) dans la taïga de l’extrême Est, et la panthère de Perse (Panthera pardus saxicolor) dans les forêts et montagnes de l’Ouest. La panthère de l’Amour n’a jamais disparu de Russie. Elle a survécu dans une petite région à la frontière avec la Chine, mais s’est trouvé il y a une dizaine d’années gravement menacée : moins de 30 individus subsistaient en Russie ! Grâce aux efforts de conservation, ils étaient fin 2015 déjà 70, et les effectifs continuent d’augmenter. Toutefois, issue d’un petit nombre de survivants, cette population fait face à une grave menace : la consanguinité. Pour assurer leurs viabilité à long terme, les panthères de l’Amour russes ont besoin de sang neuf, et celui-ci pourra leur être apporté par la population captive existante, elle génétiquement viable, d’un peu plus de 200 individus. Un programme de réintroduction a été validé en 2015 par la Russie et le programme d’élevage en captivité de la panthère de l’Amour. Le temps de bâtir les installations, le programme devrait être lancé en 2017-2018. L’objectif est d’avoir établi une seconde population d’au moins 30 individus dans la réserve de Lazovsky, région de Sikhote Alin, d’ici les années 2030 à partir d’individus nés en captivité.

Panthère de l'Amour, les Sables d'Olonne - Tous droits réservés

A l’Ouest, le programme de réintroduction est lancé en 2009 dans le parc national de Sotchi, situé dans le Caucase russe. 2 mâles panthères de Perse arrivent du Turkménistan, puis 2 femelles d’Iran. Le programme d’élevage européen participe bientôt, et confie un couple originaire du zoo de Lisbonne. Celui-ci donne naissance en 2013 aux premiers bébés panthères de Perse nés sur le sol russe en 50 ans. En 2015 l’EEP fait don au programme de réintroduction d’un nouveau mâle, Simbad, né en 2013 au Parc des Félins (France). Simbad devait faire partie, courant 2016, du premier relâcher, en compagnie de 2 félins nés à Sotchi : le mâle Akhun et la femelle Victoria. C’est finalement un autre mâle, lui natif du centre, Kili, qui prendra sa place. Après un long processus de ré-ensauvagement où ils ont prouvé leurs capacité à chasser et n’ont eu quasiment aucun contact avec l’homme, les 3 félins découvrent la liberté le 15 juillet 2016. Simbad et d’autres suivront bientôt ! Si l’homme les laisse tranquilles…car un projet de station de ski menace de couper la potentielle route migratoire qui permettrait à cette nouvelle population russe, une fois établie, de rencontrer les panthères du Caucase iranien et ainsi acquérir du sang neuf. Sans ce corridor de migration, Les panthères de Perse russes seront condamnées à plus ou moins long terme par la consanguinité, comme le sont aujourd’hui les panthères de l’Amour si aucune réintroduction n’a lieu. La bataille n’est pas encore gagnée…

Panthère de Perse, Refuge de l'Arche - Tous droits réservés

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