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Le lent déclin des lions

Photos par votre webmastrice, tous droits réservés

Qui ne connait pas le lion ? Le grand félin fait partie intégrante de notre culture, et ce depuis des millénaires. On le retrouvait autrefois sur une très vaste aire de répartition, et plusieurs grandes civilisations en ont fait un symbole fort. Encore aujourd’hui, le lion reste omniprésent. Nombre de personnes admirent le lion. Mais peu se rendent compte de la menace qui pèse sur lui. Car il faut se rendre à l’évidence : celui qu’on a surnommé le roi des animaux, autrefois si répandu, décline.

 Lion, Doué la Fontaine - Tous droits réservés

 

Le succès du lion

Le plus ancien félin semblable à un lion est un fossile retrouvé au Kenya datant de 3,5 millions d’année. Après cette date, de grands félins à apparence léonine ont commencé à conquérir la planète. Le lion des cavernes, Panthera spelaea, apparu en Europe il y’a 700 000 ans, était très proche du lion que nous connaissons aujourd’hui. Il faisait partie de ceux qu’on surnommé les géants de l’âge de glace, la mégafaune de l’ère glaciaire, des animaux bien plus grands que ceux d’aujourd’hui. Le lion des cavernes était un prédateur efficace de grandes proies. De l’Europe, il a gagné le reste de l’Eurasie, puis l’Amérique.

Crâne fossile de lion des cavernes, MNHN - Tous droits réservés

Le lion moderne, Panthera leo, quant à lui, est apparu lors de la dernière période glaciaire. Durant la période où les deux espèces ont coexisté, les lions étaient les félins les plus répandus au monde. On rencontrait le lion des cavernes dans presque toute l’Eurasie, en Amérique du Nord et jusque dans le Nord-Ouest de l’Amérique du Sud, le lion moderne dans la majeure partie de l’Afrique, le Sud de l’Europe de l’Espagne au Caucase, et en Asie de Turquie jusqu’au Bangladesh.

 Lion de l'Atlas, Parc zoologique de Paris - Tous droits réservés

 

Lent déclin

Le lion des cavernes s’éteint il y a environ 10 000 ans, pour des raisons encore obscures. Le lion moderne restait donc la seule espèce de lion existante. Son déclin débuta rapidement. Le lion d’Europe, Panthera leo europeae, fut la première sous-espèce à s’éteindre. Peu après la fin de la dernière période glaciaire, il y a 10 000 ans, il disparaissait déjà d’Espagne, du Sud de la France et d’Italie. On le rencontrait encore en Hongrie il y a 8500 ans et en Ukraine il y a 5000 ans. Hérodote et Aristote racontent qu’au Vème siècle avant J-C, les lions se faisaient rares en Grèce et qu’il y en avait encore quelques-uns dans les Balkans. Au premier siècle, Dion Chrysostome note que le lion n’existe plus en Grèce, ni nulle part en Europe. Le lion d’Europe s’est éteint il y a environ 2000 ans, pour des causes encore floues. On peut soupçonner que l’homme n’est pas étranger à sa disparition. On sait que lion d’Europe était chassé.

 Figurine grecque de lion en ivoire - By Zde - Own work, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=31167225

Même après l’extinction du lion d’Europe, il resta toutefois pendant encore un moment des lions sur le vieux continent. Le lion d’Asie, Panthera leo persica, a en effet subsisté dans le Caucase jusqu’au Xème siècle. Le lion d’Asie se rencontrait autrefois sur une large aire de répartition allant de la Turquie et de l’Israël à l’Ouest jusqu’au Bangladesh à l’Est. Très chassé, le lion d’Asie a progressivement été exterminé de la quasi-totalité de son aire de répartition au cours du XIXème siècle et de la première moitié du XXème siècle. Le lion a disparu de Syrie vers 1850. A la fin du XIXème siècle il avait été complètement éradiqué de Turquie. Les derniers lions iraniens furent abattus en 1963 et leur mort célébrée dans la presse locale. L’Inde est aujourd’hui le seul pays où l’ont rencontre encore des lions d’Asie à l’état sauvage. Là aussi le grand félin fut chassé à l’excès, quasiment jusqu’à extinction. Dans les années 1880, ils n’étaient plus qu’une douzaine, confinés dans la forêt de Gir, au Nord-Ouest du pays, derniers spécimens de leur sous-espèce. Tous les lions d’Asie vivant aujourd’hui descendent de cette poignée de survivants.

 Lion d'Asie, la Boissière du Doré - Tous droits réservés

L’Afrique du Nord était autrefois le domaine du lion de l’Atlas, Panthera leo leo. On l’a rencontré à une époque du Maroc jusqu’en Egypte. C’était ce lion que l’on rencontrait dans les arènes romaines, et les jeux du cirque ont d’ailleurs participé à sa raréfaction. Les dernières observations vérifiées de lion d’Atlas datent de vers 1700 en Lybie, 1891 en Tunisie, 1899 en Algérie et 1922 au Maroc. Il est possible qu’il ait survécu au Maroc jusque dans les années 1940. Le lion de l’Atlas est désormais éteint à l’état sauvage, mais subsiste en captivité. Les spécimens purs toutefois sont rares.

 Lion de l'Atlas et lion du Cap naturalisés, MNHN - Tous droits réservés

L’Afrique subsaharienne comptait auparavant cinq sous-espèces de lion. La sous-espèce qui vivait le plus au Sud, le lion du Cap, Panthera leo melanochaita, chassé à l’excès, n’a plus été vue dans la nature depuis les années 1860, et le dernier spécimen captif connu est mort en 1878. Il n’en reste donc plus que quatre. Les sous-espèces d’Afrique de l’Ouest et centrale, le lion d’Afrique de l’Ouest, Panthera leo senegalensis,et le lion du Congo, Panthera leo azandica, souffrent d’une pression humaine de plus en plus forte à mesure que la population croit. Le lion d’Afrique de l’Est, Panthera leo nubica, rencontre des problèmes similaires mais, bénéficiant de vastes aires protégées, reste sans doute la sous-espèce la plus répandue. Le lion du Katanga, Panthera leo bleyenberghi, et le lion du Transvaal, Panthera leo krugeri, profitent aussi d’espaces protégés pour maintenir des populations viables. Sans les réserves et parcs, toutefois, le lion africain se porterait sans doute très mal. Nombre de menaces pèsent encore sur le félin. Les chiffres sont éloquents et montrent son déclin. On estime qu’il existait encore environ 450 000 lions en Afrique vers le milieu du XXème siècle. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 20 000.

 Distribution historique (en rouge) et dans les années 2000 (en bleu) du lion -By Tommyknocker (talk) - The present distribution in Africa is based upon a map created by 'The African Lion Environmental Research Trust (ALERT) which can be viewed here. http://www.wildlifeextra.com/go/news/lion-reintroduction.html#cr. While I consider this a reliable source, I researched two countries in depth to verify this, Uganda and Namibia. The map is indeed correctly shaded in the National Parks where lions are present. However I did not include the 'Occasional' shaded areas as these are obviously much more ambiguous. For the historic distribution, which will never be completely accurate, I used information here on Wikipedia with its own sources., Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8327010

 

Plus menacé que jamais

Une des principales causes du déclin du lion aujourd’hui, c’est la disparition de son habitat. Au cours des 50 dernières années, on estime que les savanes, milieu de vie principal du grand félin, ont reculé de près de 75% en Afrique. Elles sont transformées en pâturages  pour les troupeaux domestiques et en terres agricoles. Les lions se retrouvent confrontés aux hommes, et des conflits naissent. S’ils ne veulent pas se faire braconner, les félins doivent souvent partir. Ils se retrouvent ainsi confinés dans les aires protégées. Là, les différentes populations se retrouvent isolées, et la consanguinité menace. Les animaux se retrouvent plus fragiles, plus vulnérables aux maladies, qui peuvent décimer une population en peu de temps. En 1994, la maladie de Carré fut fatale à près d’un tiers des lions du Serengeti. Dernièrement, c’est la tuberculose bovine qui décime les lions du Kruger. Ceux-ci sont de plus, d’après une récente, presque tous porteurs du FIV (SIDA félin ), qui ne leur est pas mortel mais pourrait l’être à une autre population de lions, non immunisée, qui se retrouverait contaminée. Une telle menace est particulièrement importante pour les 500 derniers lions d’Asie, fortement consanguins car tous descendants de seulement une poignée d’individus sauvés à la fin du XIXème siècle.

Lion d'Asie, la Boissière du Doré - Tous droits réservés

Et puis bien sûr, on n’oublie pas la chasse. La demande d’os de lions dans la médecine traditionnelle chinoise, en remplacement des os de tigre, se fait de plus en plus importante et le braconnage prend des proportions inquiétantes, car les spécimens d’origine sauvages sont les plus recherchés. Mais la chasse légale fait autant si ce n’est plus de victimes. La chasse aux trophées est très contrôlée, et les populations d’Afrique de l’Est et du Sud, assez importantes, peuvent supporter cette pression, à condition bien sûr que les quotas soient bien respectés. Toutefois, même si la réglementation est suivie, la mort d’un lion dans ces conditions peut avoir des conséquences importantes, la principale étant le déséquilibre d’une troupe privée de son mâle dominant, protecteur du territoire, ou d’une chasseresse expérimentée.  La chasse en boite est la pratique considérée comme la plus cruelle. Des milliers de lions sont élevés, en particulier en Afrique du Sud, dans le but d’alimenter cette industrie très lucrative. Les lionceaux, nés en captivité et pris à leur mère dès leur plus jeune âge, ou parfois prélevés illégalement dans la nature, sont nourris au biberon. Certains éleveurs proposent même aux touristes de jouer avec ces lionceaux et de leur donner le biberon. Devenus trop âgés pour ces activités, les jeunes félins sont parqués dans des enclos. Une fois assez grand, le lion est lâché soit dans une réserve privée, soit dans un enclos, où le chasseur qui l’a acheté viendra le tuer. Il faut noter que ces lions, habitués dès leur plus jeune âge aux humains, ne se méfient pas et sont donc des proies faciles à abattre. Peau et crâne seront confiés au chasseur qui les exhibera fièrement comme trophées, le reste des os alimentera le marché de la médecine traditionnelle chinoise.

 Lion blanc, Parc des Félins - Tous droits réservés

450 000 lions au milieu du XXème siècle. Plus que 20 000 aujourd’hui. Le lion n’a jamais décliné aussi vite, il n’a jamais été autant en danger. Et pourtant, on ne le considère pas comme vraiment menacé. Il serait pourtant plus que temps de voir les choses en face, alors qu’il est encore possible de les sauver,  et d’agir pour protéger les derniers lions, avant que l’homme ne les mène comme leurs cousins les tigres au bord de l’extinction. Ne laissons pas se poursuivre le lent déclin des lions.

Lionceau de l'Atlas (3 mois et demi), Parc zoologique de Paris - Tous droits réservés

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