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Ces chasseurs devenus protecteurs - Jim Corbett et les tigres d'Inde

Parfois, même le plus célèbre des chasseurs peut regretter de tuer. C'est l'histoire d'un félin qui a marqué Jim Corbett ( 1875 - 1955 ), chasseur connu pour avoir tué nombre de tigres et léopards mangeurs d'hommes en Inde, le premier récit qu'il consignera par écrit, en 1931, celui du tigre de Pipal-Pani. C'était un tigre mâle, encore jeune la première fois que Corbett repéra ses traces dans le lit du ruisseau appelé Pipal-Pani, dans le Nord de l'Inde, au début du siècle dernier. De nombreuses fois au cours des années, il eu l'occasion de tuer le magnifique grand félin, qui aurait constitué un trophée envié. Mais non, il ne voulait pas le tuer. Au contraire, il l'encouragea même à se méfier de l'homme. Car ce que Corbett aimait, c'était parcourir les collines dans les pas du tigre, deviner ce qu'il avait fait, découvrir ce qui faisait le quotidien du félin. Mais voilà qu'un jour des villageois font appel à lui. Un tigre a été blessé par l'un d'eux, s'attaque désormais au bétail et ils craignent qu'il ne s'en prenne bientôt aux hommes eux mêmes. Rapidement, Corbett découvre que le fauve en question n'est autre que celui qu'il appelait son vieil ami, le tigre de Pipal-Pani. Il avait déjà vu tellement de tigre blessés devenir des mangeurs d'hommes . . . Le grand mâle le laissa s'approcher sans méfiance, reconnaissant sans doute l'homme qui le suivait depuis tant d'années. Il se laissa abattre sans tenter de fuir. Mais Corbett se rendit vite compte de son erreur, il n'aurait pas dû écouter les villageois. La blessure était quasiment cicatrisée, le félin n'était plus dangereux. Mais il était trop tard. Le tigre de Pïpal-Pani, son vieil ami, était mort. Il avait alors 16 ou 17 ans, un âge déjà respectable que peu de tigres sauvages atteignent. Corbett ne pu s'enorgueillir du beau trophée qu'il venait d'obtenir. Trop de regrets . . . Car plus jamais il ne pourrait marcher dans les pas du noble félin. Plus jamais il n'entendrait l'impressionnant rugissement du vieux fauve dans les collines. C'est une aventure longue de 15 ans qui s'achevait ce jour.



En y repensant, Jim Corbett est, il faut l'avouer, un homme assez contradictoire. Il a longtemps tué les tigres, a même chassé pour les trophées, avant de se reconvertir en défenseur de la nature. Il y a à voir avec la mentalité de l'époque. On lui a apprit tout jeune que la chasse était un sport, que tigres et léopards étaient des animaux dangereux à abattre. Mais après avoir eu à faire aux mangeurs d'hommes, Corbett a fini par ne plus accepter de tuer que les mangeurs d'hommes avérés. Sur le tard, malheureusement. Mais il a finit par apprendre à respecter les tigres. Il dit même dans son livre que beaucoup lui ont reproché de ne presque plus chasser les tigres, préférant les photographier et les filmer ( il avait alors la cinquantaine ). Il s'est même attaché à des félins comme le tigre de Pipal-Pani. Mais son éducation, les demandes du gouvernement de la province ( il a été payé pour abattre, entre autres, 3 mangeurs d'hommes notables : ceux de Chowgarh, Mohan et Kanda ) et la mentalité de l'époque étaient encore fortes. On voit tout de même dans ses écrits que le chasseur avait fini par avoir du respect pour les tigres qu'il traquait, et que parfois même, il a répugné à les tuer. Toutefois, avant cela, il a fait nombre de victimes parmi les félins, il faut l'admettre . . .



Personnellement, il me fait penser à Ernest Thompson Seton ( Ernest Thompson Seton, 1860-1946 ) aux Etats-Unis. A l'époque, on voyait les grands carnivores comme de la vermine. En Amérique du Nord, c'était surtout le cas pour le puma et le loup. Seton était chasseur de loups, on lui avait apprit tout petit que ces animaux étaient comme une peste à éliminer jusqu'au dernier. Il a longtemps traqué Lobo, un des derniers loups sauvages des Etats-Unis, qu'il avait été payé pour tuer. Leur jeu du chat et de la souris dura des mois. Mais lorsque Seton tua Blanca, la compagne de Lobo, ce fut finit. Le loup quitta sa meute, hurla de tristesse des jours durant, sans se nourrir. Il voulut aller près du cadavre de sa compagne et fut atrapper. Emu, Seton ne le tua pas, mais à quoi bon ? Lobo se laissa mourir de chagrin. Seton fut bouleversé par cette expérience et sa vision des loups changea pour de bon. Malheureusement, l'espèce était éteinte aux Etats-Unis. Seton milita activement pour la protection de la nature de son pays et le retour des loups. Ce n'est finalement que 50 ans après sa mort, en 1996, que les premiers loups furent réintroduits dans le parc national de Yellowstone.



Mais revenons à Jim Corbett. Entre 1907 et 1938, il aura abattu pas moins de 19 tigres et 14 léopards tous mangeurs d'hommes. A eux tous, ces félins auraient fait près de 1200 victimes. Le tueur de le plus prolifique était également le premier mangeur d'hommes tué par Corbett, la tigresse de Champawar, qui compte à elle seule 436 victimes. De tous les félins mangeurs d'hommes connus, elle détient le record du nombre de victimes. Mais ce nombre n'est vraiment rien comparé à celui de l'homme qui a tué le plus de tigres dans sa vie : 1360 ! La tigresse de Champawat fait donc pâle figure à côté du Maharadja de Sugurja, qui en plus de ce triste record est aussi l'homme à avoir tué, en 1947, les 3 derniers guépards indiens connus. Dites moi, dans ce cas, qui est l'assassin ? Je pencherais davantage pour l'homme, seul être vivant capable de chasser une autre espèce uniquement pour le plaisir de tuer, et ce parfois jusqu'à l'extinction. Jim Corbett ne s'était sans doute pas fait cette réflexion, ce n'était pas dans les meurs de l'époque. Il avait tout de même remarqué une chose : tous les félins mangeurs d'hommes qu'il a tués chassaient l'être humain car ils étaient incapables de s'attaquer à leurs proies habituelles : crocs brisés, vieux félins affaiblis par la maladie, blessures infectées, piquants de porc-épic, . . . Et un certain nombre d'entre eux, même, étaient devenus mangeurs d'hommes car handicapés par une blessures infligée par les armes des hommes. C'était ainsi le cas de la tigresse de Champawat. Mais Corbett n'a pas chassé que les mangeurs d'hommes. Il collectionnait les trophées, comme tant d'autres chasseurs de son époque. Le tigre était chassé. Trop chassé. Jim Corbett lui même avoue qu'il devenait de plus en plus rare d'apercevoir un tigre dans la nature durant ses vieux jours, alors que dans sa jeunesse, on pouvait en observer beaucoup plus régulièrement. C'est qu'en une cinquantaine d'années, le nombre de tigres sauvages en Asie était passé de près de 100 000 à moins de 45 000. Il a continué à baisser, et ces magnifiques félins ne sont plus aujourd'hui qu'à peine plus de 3000 à l'état sauvage. La nature était sur le déclin, cela, le chasseur l'avait vu. Il fut sur ses vieux jours l'un des pionniers de la conservation de la nature. Il préférait alors capturer l'image des tigres, les photographier et les filmer, plutôt que de les traquer pour les tuer. Il fut à l'origine de la création du premier parc national indien, dans la région même où il avait abattu tant de mangeurs d'hommes.

Nous terminerons cet article sur les propres mots de Jim Corbett, écris en 1944 dans son livre sur les tigres mangeurs d'hommes qu'il a traqués, Man-Eaters of Kumaon. Je vous laisser méditer sur ces paroles.

Le tigre est un gentleman au coeur généreux dont le courage est illimité ; et lorsque sa race sera éteinte, car elle le sera certainement si l'opinion publique ne s'émeut pas en sa faveur, l'Inde aura perdu le plus noble spécimen de sa faune.



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